25 août 2011
AOUT 2011
LUI
La librairie était bondée. A la veille des fêtes c’est toujours comme ça. Les tables dressées au milieu de la boutique gorgées de livres empilés comme des mastabas. Les odeurs des couvertures neuves, le papier dégageant une odeur de pelure qui me rappelait les préparatifs des santons de Noël chez ma grand’mère.Je sentais même la colle qui se dégageait des pages dites contrecollées. J’étais dans un était divin. Au moment où je me penchais sur l’écran de l’ordinateur de la librairie pour vérifier l’état du stock des « Plantes médicinales ».une chaleur étrangement suintante envahissait l’atmosphère. Je retirais mon écharpe, ouvris mon manteau. Le livre que je voulais n’était plus en rayon mais j’allais tout de même vérifier par pure méfiance des non actualisations. Je me baissai pour regarder dans le rayonnage et un ange blond (je ne voyais que les cheveux) m’apparut.
J’étais un grand timide mais je décidai de me soigner. Poncif mais idée efficace ? Je devais certainement plaire aux femmes. Ce n’est pas que je leur déplaisais, je ne suis pas désagréable à regarder. Je plais. Je le sais. Je m’en apercevais assez souvent. Intérieurement, lorsque j’en vois une qui me plait, j’ai comme un blocage, un tour de clef se fait et tout s’arrête : je sue à grosses gouttes, je bégaie. Pour remédier à mon vieux célibat, j’ai décidé d’utiliser la magie... un parfum. Internet le confirmait que le mélange de jasmin, magnolia, cannelle et jenesaisplusquoi attirait les femmes. Je l’avais commandé la semaine précédente et aujourd’hui je le testais. Le hasard m’apportait sur un plateau cet ange blond.
L’ange blond se releva et nous tombâmes nez à nez. Je rougis. Je n’osais plus parler ni même m’excuser de peur de bégayer. Elle s’excusa, me toisa. C’est vrai que je ne suis pas mal pour mes trente-huit ans. Pas très grand mais dans la moyenne, juste pour la dépasser un peu de quelques centimètres. Elle avait l’air perturbé, peut-être que le parfum usait de son philtre, l’envoutait. Moi, j’étais subjugué. Elle me plut tout de suite. Elle tourna les talons. J’étais comme aimanté. Il ne fallait pas que je la laisse partir. Alors, je la suivis. Elle allait de rayon en rayon. Je retirai mon manteau car la fièvre montait. Je décidai de prendre sur moi. Quel moyen allais-je utiliser pour lui parler, rentrer en conversation avec elle sans être trop évasif, lui faire voir que j’avais peut-être des choses en commun avec elle. Une idée me vint. Le parfum ! Je l’avais dans ma poche. Je le sortis discrètement et pschitt ! Pschitt ! Miracle !
Elle arriva vers moi et me demanda : « Vous n’êtes pas Monsieur Delacroix ». J’étais interloqué. Je bredouillai un « ouwouuii ». Elle me connaissait ? Je ne la reconnaissais guère. Qui était-elle ? Elle me rétorqua : « Vous voyez qui je suis ? Le silence s’abattit. « Ce n’est pas grave »… et à peine le dernier mot dit, elle disparut dans le fond de la librairie. Je me retenais, mes jambes se tétanisaient. Fallait-il que je la suive à nouveau. Je réfléchissais (pas trop longtemps) me remis un peu de parfum, fermai les yeux pour profiter de l’instant et me concentrer afin d’exprimer la bonne phrase sans bafouiller. J’y allais. Transporté par des ailes jusqu’au fond du magasin. Je ne la voyais plus. Volatilisée ! Elle était sûrement accroupie en train de rechercher un ouvrage. Personne.
L’ange s’était définitivement envolé...
ELLE
La librairie regorgeait de livres. Je détestais tous ces best-sellers sur les tables, posés comme de vulgaires marchandises qu’on achalande pour les fêtes de Noël. Cette odeur de marchandising, d’achats à la va-vite, c’était du n’importe quoi. J’étais venue pour lire des passages de « Humain trop Humain ». Je cherchais donc Nietzsche sur l’étagère, comme j’étais un peu fatiguée je m’étais trompée de rayonnage et j’étais perdue dans les plantes aromatiques : leurs fleurs, leurs bienfaits, leurs propriétés. Hâtivement, je m’en aperçus. En me relevant très vite, je faillis embrasser un homme. Son parfum très prégnant me secoua les narines. Il sentait le jasmin, la lavande et une autre senteur que je n’arrivais pas à repérer. Cependant, le parfum ne m’était pas inconnu. Je restai auprès de lui comme prisonnière de cette fragrance si forte. Il était pas mal mais un peu vieux, l’air libidineux. Je le reconnus très vite : Monsieur Delacroix, mon prof de philosophie au lycée. Il fut étonné que je prononce son nom mais ne me remit pas. Il faut dire qu’il y avait maintenant cinq ans que j’avais passé le bac ; des élèves, il en avait vu défiler... Je le laissai dans l’embarras – petite vengeance perso – et changeai aussi rapidement que possible de rayon. Je sentais qu’il me suivait en se déshabillant, derrière mon dos. Etait-il devenu exhibitionniste ? J’accélérai le pas. J’avais envie d’aller lire dans un coin comme d’habitude. Jacques, le vendeur, me fit un clin d’œil ne comprenant pas mon comportement. J’étais hyper stressée, j’évitai les regards. J’avais peur. Que me voulait-il ? Je pense qu’il avait l’âge de mon père. Cette pensée me relia avec mon père et je reconnus immédiatement le parfum de mon père dans mon professeur de philo ! « Lune de miel » ! Le nom du parfum. Mon père, grand dragueur devant l’éternel, portait ce parfum depuis que j’étais petite. Je m’en souvenais. Tous les hommes sont des don juan : mon père, mon prof et même mon voisin (du moins ce que j’en savais par sa femme). C’était « ça » qui m’avait interpellé. L’odeur de mon père, quand il venait me dire bonsoir au coucher et qu’il repartait, soi disant, travailler. Alors, il fallait que je me débarrasse de sa présence trop présente et pressente. Je filai en direction du fond de la librairie, m’accroupis entre deux rayons. Je le vis entre Japrisot et Jonquet. Il me cherchait. Quel vieux satire ! Je profitai d’un moment où il me tournait le dos pour courir (discrètement) vers la sortie de secours.
19 mars 2011
état d'âme climatique
Le matin était printanier. Le vent frais caressait le jour lumineux. La pièce était inondée d’un jaune crue où l’odeur des citronniers pénétrait par la fenêtre ouverte. Plus la matinée avançait plus on sentait les fragrances : lilas, bougainvilliers, roses... le temps était à la gaité, aux rencontres. Cependant, dans le ciel quelques petits nuages comme des filaments fragiles avançaient lentement dans l’azur. L’heureuseté de cette journée se sentait partout dans l’air.
L’ombre sur le parquet laissait supposer un soleil bas et chargé. Au loin, comme une armée mystérieuse, une cohorte de nuages gris argumentait en faveur d’un orage presque présent. Des ombres gigantesques étaient chargées d’électricité et, de temps en temps, un éclair s’échappait du ciel de plomb. Soudain, l’atmosphère se glaça et une fenêtre s’ouvrit violemment. Le vent s’engouffra dans la pièce faisant tabula rasa de tous les objets...
Le temps était doux. Une espèce de velours qui s’irisait en une douceur d’été avant la chaleur pesante. Il était trop tôt. Les rues encore désertes. Temps à la promenade des potron minet. Le bitume encore asséché de la veille dégorgeait déjà une chaleur presque présente. Et seul dans cet immense ciel céruléen, un petit nuage voyageait vers une destiné inconnue.
La fin d’après-midi était champêtre. L’heure était au retour. Les brumes de chaleur couronnaient les grands arbres ; ce halo faisait encore plus ressortir l’humidité de l’air. La canicule était sur le point de s’endormir. L’herbe jaune, lascive et assoiffée s’écrasait sous les pas. Cela crépitait ! Ce halo doré irisait la lagune. Il faisait très chaud et cette chaleur aiguisée avait atteint son paroxysme. La brume s’épanouissait comme une rose éclose. Ce nimbe clandestine déformait le paysage, le tordait, le rendait incompréhensible ; l’eau de la lagune se noyait dans un jaune cru. Et, au loin, on apercevait la ville couleur sanguine. Plus haut, des cirrus transperçaient le ciel.
Tout était calme et plat. Tout était gris. La brise imperceptible caressait l’herbe. Le ciel dormait quand, soudain, il devint gris mauve puis mauve. Une lumière lointaine s’approchait comme pour égayer les alentours. Malgré tout on sentait la pluie qui menaçait. Alors, une goutte timide et fraiche s’échappa des nuages. Ensuite, un rayon de soleil écarta les nuages qui se mirent à fondre de joie. Il pleuvait et faisait beau temps à la fois : le Diable battait sa femme !
Entre chien et loup. La lumière mystérieuse se blottit dans le creux de la terre. Le temps propice à la rêverie. L’atmosphère mi-fraiche mi-douce composait une journée en deux temps : le jardin inondé d’ombre et le ciel éclairé comme pour mieux se montrer.
Les peupliers dressés, comme une armée, s’assombrissaient ; on sentait que la nuit arrivait à grands pas.
17 janvier 2011
artistes !
Vous pouvez consulter le blog des "Heures bleues" pour un appel à projets pour la Journée de la Femme 2011.
http://les-heures-bleues.blogspot.com
28 février 2010
EDITIO de l'association "LES HEURES BLEUES"
Edito
« Les Heures Bleues », association qui a pour but la promotion, la valorisation et la connaissance de l’art contemporain pérégrine à la recherche du moment où se fait la création. L’art est symbole de l’émancipation des femmes. De tout temps, depuis le moyen-âge, les femmes ont « lutté » pour avoir une autonomie sociale et sexuelle. C’est à travers l’art que la femme s’est imposée, d’abord par l’écriture puis par les Arts Plastiques, la sculpture, la musique...
Dans ce projet, une volonté de faire connaître les expressions personnelles d’artistes femmes.
Après avoir visité chaque atelier d’artiste, moment privilégié, « Les Heures Bleues » a choisi comme fil rouge reliant toutes ces femmes : la création besoin vital. Donc, l’association a glané ces œuvres de femmes Haut-Normandes pour le Centenaire de la Journée de la Femme. Toutes ces artistes ont en commun, la frénésie de créer, leur vie quotidienne n’est que création même si elles ont un métier concomitant à leur pratique. L’expression artistique des femmes est puissante à tous les âges de la vie, ainsi que la volonté de créer.
« Les Heures Bleues » tient à montrer cette pluralité des œuvres représentées, bien sûr ce n’est pas exhaustif, une soixantaine d’artistes montrent leurs propos artistiques plastiques ou scéniques : surprenants, insolites, prodigieux, discrets, iconoclastes, particuliers…
Donc des femmes artistes engagées dans leur pratique artistique et dans la vie. Des femmes qui ont fait également des choix de vie. Des femmes artistes débutantes ou expérimentées : richesse de la figure féminine.
Les femmes sont semblables mais si différentes et si singulières à la fois.
Corinne Bouteleux – Présidente de l’association « Les Heures Bleues »
JOURNEE DE LA FEMME
Des textes seront lus pendant la journée de la Femme par des comédiennes à l'Hôtel de Région Haute-Normandie à Rouen.
03 janvier 2010
janvier 2010
Chers Tous,
Les lois qui gouvernent notre monde sont parfois cruelles. Commençons la nouvelle année avec plus de compassion, d’écoute, de courage, de grandeur d’âme ; moins de renoncement et de défaillance. Découvrons ensemble le Monde pour qu’il n’y ait plus un monde entre nous tous !
Allons au bout de nos idées, faisons le tour de nos questions pour en parcourir nos propres mondes. Inventons notre monde céleste dans ce bas monde. Nous sommes venus au monde pour mettre au monde des enfants, des œuvres d'art, des rêves, des folies, des mythes, des pensées, des concepts et des moments inoubliables…
Pour rien au monde je ne vous dicterai la suite… À Vous de l’écrire, de la chanter, de la mettre en musique, de la peindre, d’en parler…
Excellente Année 2010
Corinne Bouteleux
15 décembre 2009
Décembre 2009
Sa robe blanche est tachée de rouge. Il fait
très froid en cet après-midi de décembre 2009. Quatorze heures trente. Le
soleil est bas, il reflète sur la Seine, un rougeoiement imperceptible. Sur les
bords des quais, la Seine est ponctuée de barques rouges. Clara y est allongée
près de Paul. Elle a les yeux fermés. Lui aussi. Sa chemise blanche porte une
petite tache rouge, on dirait qu’une rose y est dessinée. Le soleil leur
caresse le visage. Ils sont beaux.
Quatorze heures trente
sept. La barque avance lentement emportant les deux amoureux. Elle passe le
long de l’île La Croix puis glisse sous le pont Corneille, un chalet rouge gît
sur la pointe de l’île. Un chalet canadien.
Quatorze heures
quarante-trois. L’intensité du soleil s’estompe, la clarté du jour est chargée
par de lourds nuages qui annoncent une neige presque présente. La barque stagne
un moment près du chalet comme si les amoureux trouvaient un dernier refuge. Le
flux et le reflux du fleuve les bercent. Soudain, une péniche passe près de
l’embarcation ce qui provoque un remous et un peu d’eau saute dans la chaloupe,
cela éclabousse la petite dunette qui les protège du froid. La petite coque
rouge reprend un plan stable et repart vers l’embouchure.
Quinze heures. Ils voyagent
vers le pont Boieldieu, les grands navigateurs, au-dessus, ouvrent leur œil
bienveillant : bonne traversée mes chers enfants murmurent-ils. Allongés,
ils sont. Leur respiration céleste, parfois impalpable est au rythme des flots.
Leur amour tumultueux est dorénavant apaisé. L’ardeur de leurs sentiments
promet une fin intangible. Ils sont libres, libres de s’aimer, de voyager
ensemble.
Quinze heures huit. Les
voilà près du Pont Jeanne d’Arc. La sensualité est visible : leurs mains
l’une dans l’autre, enlacées, enchevêtrées dans un fil éternel et lascif offre
à Corneille la possibilité d’écrire un drame.
Quinze heures vingt
deux. Le petit radeau avance avec en son ventre la pudeur d’être heureux,
l’ultime moment de bonheur. Dehors, il ne fait plus froid. Peu importe
maintenant.
Quinze heures quarante,
la procession continue, l’esquif est sous le pont Flaubert, la presqu’île
Rollet à bâbord, le port de plaisance à tribord. Vogue la passion, le courage
de tout quitter pour mieux se retrouver. Dans leur ultime lit, les odeurs de
marée montent jusqu’à leurs narines. Olfaction insensible. Pas un bruit. Pas un
souffle. Le calme. Plus un mot pour dire leur amour. C’est dit.
Seize heures. Allongés
dans leur canot pourpre, rassurant et enveloppant à la fois, les deux amoureux
au teint exsangue voguent vers l’éternité. Clara, la robe blanche tachée de
vermeil et Paul, la chemise blanche souillée de pourpre.
Dix-sept heures trente.
Il fait nuit. Ils descendent la Seine et à Jumièges, des branchages arrêtent
leur embarcation. Elle est prise dans le sein des arbres sur la berge. Le pied
gauche de Clara est lié au pied droit de Paul. Rien ne les séparera...
14 décembre 2009
Bienvenue à toutes et à toutes, amoureux de l'écriture et de la lecture !
J'attends vos commentaires, vos aphorismes et autres poésies...
Bien à Vous

